Los Costureros

Posted on juillet 6th, 2006 | No Comments »
Categories: Workshop - Lima

Je viens de rentrer à Paris après un voyage de 2 mois et demi au Pérou pour faire la nouvelle collection et faire la production des commandes de l’été et hiver 2006. Chaque départ est une séparation difficile pour replonger en Europe avec mes 2 gros sacs de voyage qui contiennent la nouvelle collection et l’avenir de tous. Comme d’habitude, nous avons tout fini à la dernière seconde dans une ambiance survoltée.

Les 2 dernières semaines pour finaliser la collection sont toujours un moment extrême. La pression est toujours très haute, les derniers modèles se confectionnent avec les broderies et les sérigraphies encore chaudes. C’est à ce moment là qu’on voit les nouveaux modèles. Tout se concrétise et nous pouvons entrevoir notre futur. Chaque vêtement c’est un nouvel espoir et une conquête. Il suffit de voir le sourire de Rosa quand elle a fini ses chemises de la série “fragil”. Elle a pleuré sur la machine à coudre après avoir abandonné la confection des manteaux et de robes qui lui avaient été confiées. Elle n’y arrivait pas, à distance, on la regardait avec Melina, la chef d’atelier et on voyait que ça ne se passait pas bien, alors on a improvisé, changer le programme, on s’est adapté à tous, et puis lentement on a remis en place les modèles les plus durs et on a tous réussi à les faire. Et Rosa était contente, elle a vu que j’avais remarqué sa souffrance et que jamais nous n’allions la laissé faire les choses les plus simples. Au contraire, nous allons ensemble lentement progresser et faire évoluer son habileté et son talent de coutière. Elle sait que nous sommes tous impliqué dans cette envie de progression.

Rosa a commencé la couture en septembre 2005 chez Misericordia, c’est une jeune fille assez renfermée dont chaque parole ressemble à une victoire sur la peur. Chez Misericordia, elle a trouvé un espace où on répare, on essaye de reconstruire un dialogue dans une ambiance active et participative. Ici, elle a trouvé sa copine Ermina avec qui elle joue de la machine à coudre à 4 mains. Elle fait son truc en essayant de progresser parce que c’est une battante et dans son silence, il y a une force incroyable qui reste emprisonnée. Je lui ai dit qu’on serait toujours à sa disposition pour la motiver, et perfectionner son savoir-faire. Elle le sait, alors elle s’accroche et fait de gros progrès chaque jour.

La dernière semaine, on a tous ensemble organisé les priorités pour finaliser les prototypes pour le salon de Rendez-vous à Paris qui commence Vendredi. On s’est couchés tard, oui c’est sûr, la dernière semaine, on fait des heures supplémentaires, un paquet.
L’avant-dernier soir, c’était les derniers efforts jusqu’au bout de la fatigue, on est sorti très tard dans le quartier de la Victoria pour que tout le monde file dans un taxi direct à la casa. On est sorti en groupe serré de l’atelier. La nuit, le quartier de la victoria est désert, et quelques heures avant, nous avions reçu un mail de Carlos qui nous annonçait qu’il venait de se faire agresser. A un carrefour, 2 gars lui sont tombés dessus, lui ont cassé les 2 vitres avant pour lui voler sa radio. Il n’a pas été blessé mais depuis quelques temps, on sent que le Pérou change que la violence revient lentement. Donc on était tous ensemble dans le noir des rues de la Victoria, à tous se regarder droit dans les yeux. On a trouvé 3 taxis, attendu que chacun soit dans la voiture pour se faire un signal de départ et c’est parti pour filer dans l’humidité de Lima. Et le lendemain matin, on se retrouve pour finaliser les bagages, finir les dernières retouches et mettre en place le prochain programme.

Juste avant de prendre l’avion, je reçois un mail de Léonard qui est à paris en train de faire les ventes privées. Il me dit que tout va bien, et que c’est un gros succès. Les bigs fans sont présents et les nouvelles pièces ont un succès fou. Dans l’urgence, on ouvre la commande d’un client pour prendre de nouvelles pièces pour la vente privée (On improvise vite chez Misericordia). J’annonce tout ça à l’équipe pour donner de la motivation. Car je pars en laissant énormément de travail, il nous reste des commandes à finaliser pour le Japon, la France et la Hollande, ainsi que les derniers prototypes pour les agents européens et japonais. Je fais un dernier briefing pour dire que chaque jour, nous avançons ensemble et que le monde entier salue notre travail et nous soutient dans notre projet. Cette semaine Maho de Baycrew’s Japon m’a appelé pour m’encourager, ça fait du bien. C’est comme le mail de Danyo (notre agent en hollande) qui m’annonce qu’on va travailler avec Bijenkorf (le top !). Tout l’équipe le sait, et ça motive tout le monde de savoir qu’on avance, qu’on progresse, que les vêtements qui sont dans mon sac, sont les plus beaux que nous n’ayons jamais fait.

Je fais la grosse bise à Melina (ma patronnière et chef de l’atelier El Inicio del Amor) qui est toute contente de voir tous les progrès de Misericordia. C’est la deuxième collection que je finalise entièrement avec elle. Pendant ces 2 mois, j’ai vu monté en elle une motivation et une fierté incroyable. Elle avait l’œil du tigre, prête à tout manger et montrer toutes ses qualités. Il fallait la voir repasser jusqu’à la dernière minute, la nouvelle robe Eterna, c’était comme si c’était sa robe de mariée… Elle me l’a donné en silence, tout était dit. Elle est fier d’elle, consciente de tout son travail et du chemin qu’il reste à parcourir. Elle est heureuse d’être la petite chef d’une superbe équipe et elle sait que nos deux sacs de collection sont remplis de tous efforts.

A l’arrivé à Paris, il manque un sac, grosse frayeur, mais au final il sera récupéré le lendemain. Je me connecte avec l’atelier en videocam. Tout le monde va bien et attends avec impatience les résultats des prochains salons, des ventes privées. La chaîne Arte est venue faire un reportage, cette semaine, Melina a fait un petit coucou à la caméra. Hier, tout le monde a vu Zidane à la télé… tout continu.